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Le blog de Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes... et d'ailleurs

Handicap - religion et esprit libertaire

30 Janvier 2008 , Rédigé par Collectif Anarchiste des Alpes Maritimes

HANDICAP- RELIGION ET ESPRIT LIBERTAIRE

C’est une gageure que d’inaugurer notre Boîte Noire avec un sujet pareil. Les questions touchant le handicap sont censées n’intéresser que les personnes concernées. Il est pourtant un handicap qui concerne chacun, tôt ou tard : c’est la vieillesse. De tout temps, on le sait, les religions se sont approprié le handicap, que ce soit son interprétation ou son traitement social. L’esprit des Lumières a apporté un premier et incontestable progrès. On peut rêver à ce que serait la condition des personnes handicapées dans la société anarchiste que nous appelons de nos vœux.

Le handicap est un sujet de prédilection pour les religions. Elles l’interprètent généralement de deux manières opposées. Il peut être le signe d’une punition divine, soit individuelle, soit transgénérationnelle, soit même, comme dans le bouddhisme, relative à une vie antérieure. Et il peut être au contraire le signe d’une élection divine : dans la mythologie grecque, les devins sont souvent des aveugles ; dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul est malvoyant, suite à son coup de foudre sur le chemin de Damas. Cette ambivalence se retrouve dans le traitement social du handicap, préconisé et pratiqué par les religions. L’infirme est une personne fragile, socialement défavorisée : il est donc valorisant de lui porter secours. Mais cette charité, puisqu’il faut l’appeler par son nom, présente une terrible contrepartie : l’obligation pour celui qui en est l’objet de rester dans son rôle, c’est-à-dire humble, docile et reconnaissant. Rien n’est moins gratuit que la charité ; elle implique un statut de minorité sociale.

Le siècle des Lumières amène une éclosion sans précédent de l’idée d’individu. Il est intéressant de mettre en parallèle l’émancipation des femmes, celle des minorités ethniques ou religieuses (juifs, protestants, noirs) et celle des personnes handicapées. Le premier acquis, considérable, est l’accès à l’écrit, donc à l’instruction, donc à la vie professionnelle. Le deuxième, l’accès à la liberté de mouvement, viendra beaucoup plus tard, au Xxème siècle. En fait, l’émancipation des personnes handicapées a vraiment progressé à partir du moment où elles ont été en mesure de s’en charger elles-mêmes , au lieu de s’en remettre à des personnes ou à des institutions censées les représenter, même avec de fort bonnes intentions. A l’inverse, on constate que toute régression dans ce domaine s’inscrit presque toujours dans un contexte de régression générale : les lois de Vichy, qui excluaient les juifs des emplois publics, en excluaient également les personnes handicapées. Quant au communisme stalinien, il les enfermait dans un cadre extrêmement étroit. En Tchécoslovaquie, même après le Printemps de Prague, un enfant aveugle ne pouvait être scolarisé en milieu ordinaire. Même dans un contexte religieux, les choses ne sont pas égales. La condition des personnes handicapées a évolué plus tôt et plus vite dans les pays protestants que dans les pays catholiques. A cet égard, il suffit de comparer, à la même époque, l’Allemagne Fédérale et l’Espagne de Franco. Même en France, la république laïque a longtemps abandonné aux congrégations religieuses la scolarisation des enfants handicapés.

Quant à la société capitaliste contemporaine, on retrouve la même ambivalence que précédemment, sous l’aspect économique. La personne handicapée est intéressante dans la mesure où elle peut devenir rentable, par exemple en tant que travailleur dans des structures dites protégées, où elle perçoit un salaire dérisoire et n’a pas le droit de se syndiquer. En revanche, si elle coûte trop cher, en soins ou en aides techniques, l’Etat s’en débarrasse en l’orientant vers les collectivités locales ou les organisations à caractère humanitaire ou religieux. C’est la fameuse subsidiarité, chère aux penseurs de l’Europe.

Comment imaginer la condition des personnes handicapées dans une société anarchiste, où l’Etat serait aboli ? Malheureusement, la question ne semble pas avoir beaucoup intéressé les grands auteurs, à part l’éternel exemple de Louise Michel, qui organisait des lectures publiques pour les aveugles. La première idée qui vient, et qui peut en faire hésiter plus d’un, est celle-ci : plus d’Etat, plus d’assistance. On peut ajouter l’inquiétude compréhensible que peut inspirer à une personne handicapée l’idée d’une situation révolutionnaire, avec tout ce qu’elle entraîne de désorganisation, voire de violence. L’occasion est bonne de rappeler que, contrairement à l’amalgame qui est fait dans le langage courant, l’anarchie n’est nullement synonyme de désordre. Les mouvements anarchistes avec lesquels nous sommes en sympathie récusent la violence comme arme politique, qui peut être interprétée comme une tentative de s’emparer du pouvoir au détriment du peuple dans son entier.

On peut répondre déjà qu’en principe il n’y aurait plus besoin d’assistance, puisque les personnes handicapées se suffiraient à elles-mêmes, grâce à une accessibilité généralisée, à un total et libre accès à l’éducation, à la technique, à la culture. Comme le travail changerait de nature, et aurait pour but l’utilité et le bien-être de tous, et non plus le profit d’une minorité, un plus grand nombre de personnes seraient en mesure d’y participer, selon leurs moyens et leurs désirs, et sans crainte d’être évalués à l’aune de la rentabilité.

La question reste posée pour ceux qui ne peuvent, ni travailler, ni même s’assumer dans les actes de la vie quotidienne. On imagine qu’une société anarchiste serait parfaitement solidaire, et qu’ils pourraient bénéficier de tous les services nécessaires, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, sauf peut-être dans les pays scandinaves. Il s’agirait cette fois d’une solidarité partagée par la société dans son ensemble, et non confiée à des structures plus ou moins bien intentionnées.

Mais le point essentiel est celui-ci : dans une société anarchiste, donc parfaitement laïque, la personne handicapée serait enfin libérée de ce fardeau de honte et de culpabilité qu’elle traîne depuis des millénaires. Les hiérarchies de valeur étant abolies, elle cesserait d’être un être humain de seconde zone pour développer pleinement sa personnalité et prendre toute sa place dans la vie sociale.

Comme on le voit, la route est longue. Mais un grand pas sera déjà fait quand les valides comprendront que cette question les concerne aussi, et qu’une société respecte tout le monde ou personne.

Olympe ( du collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes - membre de la Libre pensée)

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