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Le blog de Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes... et d'ailleurs

Un article d'Olympe : "Dieu et l'état"

28 Août 2008 , Rédigé par Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes

Je me suis appuyé Dieu et l’Etat

 

La période estivale ne brillant pas par ses divertissements, je l’ai mise à profit pour me replonger dans un écrit quasi-emblématique : Dieu et l’Etat, de Bakounine. Par la même occasion, j’ai lu un récit détaillé de la vie de l’inénarrable Mikhaïl Alexandrovitch, saine lecture que je ne saurais trop conseiller. Quant à l’ouvrage en question, il faut préciser qu’il ne s’agit probablement pas d’un livre, mais d’une lettre ou d’une communication. Bien qu’inachevé et incomplet, il a cependant paru assez intéressant à Elisée Reclus pour qu’il se charge de le faire publier, quelques années après la mort de son auteur.

 

Ce qui rend ardue la lecture de ce texte pour un lecteur non initié, c’est le langage philosophique de l’époque, fin du XIXème siècle. Le parti pris de l’auteur se dégage assez clairement : il oppose de manière constante, souvent manichéenne, les penseurs matérialistes et les idéalistes. Les uns comme les autres encourent ses foudres dès qu’ils prétendent mettre leurs idées en application et exercer un pouvoir quelconque. Même la science n’échappe pas à sa critique dès lors qu’elle veut se mêler de " gouverner la vie ". Sur ce point, certains passages frappent par leur clairvoyance. En quelques mots, l’idée fondamentale est que l’existence de Dieu est la source de l’autorité :

" Si Dieu est, l’homme est esclave. "

L’institution religieuse justifie l’esclavage humain, et l’institution politique l’organise. Vingt ans avant la loi de 1905 dite de " séparation de l’Eglise et de l’Etat ", l’auteur tranche radicalement la question en réclamant la suppression de l’un et de l’autre, qu’il définit comme " les deux institutions fondamentales de l’esclavage ".

 

Ce qui rend cette lecture tonifiante, c’est la vigueur de ton, à laquelle n’est plus habituée notre époque de consensus mou. Bakounine tire à boulets rouges, non seulement sur tous les clergés (ce que bien d’autres ont fait avant lui), mais sur tous les dieux, à commencer par le dieu russe, pour revenir toujours au dieu de la Bible :

" Le plus jaloux, le plus vaniteux, le plus féroce, le plus injuste, le plus sanguinaire, le plus despote, le plus ennemi de la dignité et de la liberté humaine. "

Pour ceux qui aiment ça, un tel massacre a quelque chose de jouissif ! En revanche, Bakounine n’échappe pas aux préjugés de son époque. A propos du peuple juif, il ne peut s’empêcher de mentionner " cette passion mercantile qui constitue l’un des traits principaux de leur caractère ". Quant au christianisme, il dit à peu près que, s’il a si bien réussi, c’est parce que c’était une religion de prolétaires et de bonnes femmes. Mais il a l’art des formules à graver dans le marbre :

" Nous repoussons toute législation, toute autorité et toute influence privilégiée, patentée, officielle et légale, même sortie du suffrage universel, convaincus qu’elles ne pourraient tourner jamais qu’au profit d’une minorité dominante et exploitante, contre les intérêts de l’immense majorité asservie. Voilà dans quel sens nous sommes réellement des anarchistes. "

Ainsi soit-il ! On ne saura jamais quelle conclusion l’auteur avait envisagée pour son texte. Mais, dans les dernières pages précédant l’interruption du manuscrit, figure cette mise en garde que nous aurions intérêt à méditer :

" Toutes les fois qu’un chef de l’Etat parle de Dieu, (…) soyez certains qu’il se prépare à nouveau à tondre son peuple troupeau. "

Si Bakounine a raison, alors, que nous prépare monsieur le chanoine du Latran ?

 

Olympe, 26 août 2008

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