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Le blog de Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes... et d'ailleurs

Visite à Ilan Shalif

7 Mars 2009 , Rédigé par Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes

J’ai rencontré Ilan Shalif le 23 février 2009, dans sa petite maison des environs de Tel-Aviv. D’abord ouvrier, il s’est ensuite orienté vers des études d’écologie, ou de psychologie (je n’ai pas compris exactement). Depuis sa retraite, il consacre tout son temps à la cause pour laquelle il milite depuis 1967 : la lutte contre l’occupation des territoires palestiniens par l’armée israélienne. Il est l’une des grandes figures du mouvement conu sous le nom de collectif « contre le mur ».

 

Ce collectif s’est formé depuis 2001, par la réunion de plusieurs associations dont l’objectif commun est de s’opposer à l’édification du fameux mur de séparation. Ceux qui ont visité Israël ont pu en voir une portion dès la partie est de Jérusalem. En fait, ce mur sert aussi à empiéter sur de nouveaux territoires ; Ilan ne manque pas de le souligner. Avec ses camarades, en tout une trentaine de militants très actifs et déterminés, il n’hésite pas à affronter les autorités, en clair l’armée et la police, avec qui il a déjà eu mail à partir. Ils sont allés jusqu’à démolir eux-mêmes des morceaux de mur, ce qui a sensiblement retardé sa construction. Le pouvoir répond à ces courageux militants en les accablant de procès : actuellement, ils en ont une centaine sur les bras.

 

Le combat du collectif « contre le mur » présente un autre aspect essentiel : il se fait main dans la main avec les habitants des villages palestiniens. L’un d’eux est devenu le symbole de cette fraternisation dans la lutte : c’est Bil’in. Chaque vendredi, depuis plusieurs années, Ilan y participe à une manifestation conjointe, et il publie un compte-rendu sur leur site. Un documentaire a été réalisé, « Bil’in habibti » (Bil’in mon amour), qui malheureusement n’existe à ce jour qu’en version hébraïque et arabe.

 

J’essaie de questionner Ilan sur les événements de Gaza. Soit qu’il ait mal compris ma question, soit que j’aie mal compris sa réponse, il reste dans le vague. Je lui demande s’il se définit comme pacifiste. Il me répond que son action est avant tout politique, anti-autoritaire et anti-capitaliste. Son analyse est la suivante : l’état israélien se comporte en état colonialiste à l’égard de la population palestinienne. Le capitalisme israélien a davantage intérêt à exploiter les Palestiniens qu’à les expulser, ou pire encore à les exterminer. La solution pour Ilan n’est pas une paix qui préserverait le système capitaliste, mais l’abolition de ce système et son remplacement par la seule alternative qui vaille à ses yeux : le communisme libertaire. Le mot d’anarchie ne semble pas le gêner, mais il préfère se définir comme communiste libertaire. Il précise qu’il adhère aux idées de Marx dans le domaine économique, mais pas dans le domaine politique.

 

Je demande à Ilan s’il s’intéresse au combat laïc. Lui-même se présente clairement comme incroyant. Il me fournit quelques données statistiques : Israël compte au total 25% de religieux, 10% d’ultra-religieux, 6% d’athées, et tout le reste est plus ou moins agnostique. Donc, le poids du religieux dans la société israélienne n’a pas de justification mathématique. Encore une fois, c’est une affaire politique.

 

Ce qui frappe chez Ilan, dans un pays où tout le monde a peur, c’est son absence totale de peur. Quand je lui demande si je peux citer son nom, ça l’amuse : bien sûr, puisque son nom apparaît tant et plus sur Internet. J’ai appris depuis que c’est en effet un homme connu et admiré pour son courage et son énergie, car il est déjà âgé et d’une santé fragile. Je lui demande s’ils ont des contacts avec les camarades des pays voisins, Jordanie, Liban. Il me dit que non, car ce serait trop dangereux : ils sont tous très surveillés. On est dans un pays en guerre !

 

Ma dernière question à Ilan :comment peut-on les aider ? Il me dit qu’ils ont des soutiens en Europe, notamment en Hollande. On peut faire connaître leurs activités, et aussi le fameux documentaire, qui sera peut-être bientôt adapté en français. Sans qu’il me le dise ouvertement, je comprends qu’ils ont besoin de soutien financier : ils ont d’énormes frais de justice.

 

Je remercie beaucoup Ilan de son accueil. Je n’ai qu’un regret : notre conversation aurait pu être beaucoup plus intéressante encore sans la barrière de la langue. Nous nous expliquons en anglais, un anglais bien hésitant de mon côté. Je tiens à remercier mon frère, qui a assuré brillamment la traduction simultanée.

 

N’en déplaise à sa grande modestie, Ilan pourrait être un Gandhi. Mais, en dehors de la planète libertaire, personne ne parle du mouvement « contre le mur ». Tous les pouvoirs, qu’ils soient politique, religieux ou médiatique, préfèrent la guerre : c’est plus rentable.

 

 

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