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Le blog de Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes... et d'ailleurs

Lettre d'un jeune prisonnier mapuche

31 Octobre 2010 , Rédigé par Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes

22 septembre 2010

 

Je m’appelle Luis Marileo Cariqueo, et je suis détenu au centre pour mineurs de Chol-Chol. Je suis en grève de la faim depuis vingt-et-un jours, aux côtés de mon camarade José Nirripil. De ce lieu, je lance un appel au gouvernement et à celui qui le représente, Sebastian Pinera , pour qu’il se prononce clairement sur notre demande, qu’on recherche la justice et la transparence dans nos procès, tout cela en référence à la liberté ancestrale de notre peuple.

 

De même, je veux dire à ces gens qui nous ont traités de « délinquants » que nous sommes des gens de notre peuple, et c’est à lui que nous nous devons, à ce peuple qui a toujours appartenu à ce territoire ; même si, maintenant, ceux qui se croient les maîtres de cette terre nous appliquent la loi anti-terroriste comme une manière de nous détruire, de nous empêcher d’agir. Ils n’ont jamais respecté nos droits en tant que peuple, êtres humains, enfants, jeunes, vieux, mapuches. Maintenant, nous, les jeunes, nous sommes mi en accusation, au titre d’une des lois les plus tordues et les plus inhumaines. Je prends mon exemple, mais qu’on se souvienne que je ne suis pas seul dans cette situation. On m’accuse d’association illicite et terroriste. A dix-sept ans, après deux mois d’enquête, voilà cinq mois que je suis détenu, loin de ma famille, forcé d’interrompre mes études. Je suis en grève de la faim depuis vingt-et-un jours, décision que j’ai prise en raison de la situation où je me trouve.

 

J’agis ainsi en pensant seulement à ma famille, à mon peuple, pour une lutte que je crois juste et dans la conviction grandissante qu’un jour mon peuple sera libre. Cet emprisonnement ne fait que confirmer le désir de ceux qui ont le pouvoir de maintenir les jeunes en sommeil, de les abrutir, de leur enlever toute raison de lutter. Je me dois seulement à mon peuple, à ma communauté, à ma famille. Je n’appartiens à aucune organisation. Mes idéaux, je me les suis construits moi-même au long de ma courte vie, puisque, déjà dans mon enfance, j’ai été harcelé, torturé, et la plus grande partie de ma famille a connu la prison. Ces faits m’ont rendu toujours plus fort et convaincu de la libération de mon peuple.

 

Je souhaite rappeler au gouvernement que, nous autres, nous n’avons jamais exercé la violence ni semé la terreur dans la population ; nous n’avons aucune mort sur la conscience, contrairement à vous : vous avez tué un enfant, affaire qui est resté impunie, vous avez tué deux jeunes, vous avez privé de son père un enfant de deux ans ; vous avez forcé notre foyer, interrogeant des enfants, commettant des actes de violence, de torture, et semant la terreur. Je me souviens quand vous avez ligoté la « machi » de notre communauté et l’avez laissée gisant sur le sol, à côté de ses deux petites filles, tandis que vous emmeniez son fils de douze ans. Pour moi, cela s’appelle de la violence, de la torture, de l violation des droits de l’homme. S’il fallait énumérer d’autres faits du même genre, je pourrais remplir des pages et des pages. A cela, que répondez-vous, Monsieur le Président ?

 

Depuis cette prison, je veux remercier toutes les personnes, mapuches et non mapuches, qui ont soutenu notre cause, et aussi donner toute ma force à mes camarades qui mènent cette grève avec dignité, et d’une manière générale à tous les détenus politiques mapuches des différentes prisons de la région.

 

(La formule finale est en langue mapuche).

 

Prison de Chol-Chol.

 

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