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Le blog de Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes... et d'ailleurs

SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRE ET ANARCHO-SYNDICALISME

2 Décembre 2010 , Rédigé par Collectif Anarchiste des Alpes-Maritimes

 

 

(revue Alternative Syndicaliste)(NB)

 

Il est souvent dit que le syndicalisme révolutionnaire est né de l’entrée des anarchistes dans le mouvement corporatiste (bourses du travail, syndicats). Sans eux, c’est vrai, il ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et pourtant, le syndicalisme révolutionnaire français résulte, en fait, de la rencontre de plusieurs courants révolutionnaires anti-parlementaires (notamment : Blanquisme, Allemanisme, Anarchisme), ceci au détrioment du réformisme comme du Guesdisme. Ainsi, avant même que les anarchistes ne s’intéressent au fait syndical, les allemanistes du parti ouvrier socialiste révolutionnaire jouèrent un rôle important, tant par les thèmes qu’ils propagèrent puisqu’ils étaient les fervents partisants de l’action directe (PS), de la grève générale et de la primauté du syndicalisme, que par leur idée de fédérer les différentes bourses du travail (1).

Puis, à partir de 1894 environ, le ralliement de nombreux anarchistes au syndicalisme eut comme conséquence un renforcement de l’anti-étatisme, l’intégrant ainsi au syndicalisme révolutionnaire (2). De même, par un effet de retour, la pratique syndicale réagissait-elle sur ces courants en les rendant beaucoup plus autonomes vis à vis de toute doctrine politique particulière, et soucieux de préserver l’indépendance du syndicat (ainsi pouvaient-ils voter la motion Griffuelhes, ou « Charte d’Amiens » en 1906).

Si le syndicalisme révolutionnaire est donc bien le produit d’une réalité politique diversifiée, l’anarcho-syndicalisme, lui, s’est développé dans un pays, l’Espagne, où l’anarchisme était le courant révolutionnaire hégémonique.

Ainsi, comparer l’un à l’autre reviendrait à opérer une différence entre pratique et doctrine.

 

-Au niveau pratique, syndicalisme révolutionnaire et anarcho-syndicalisme ne se distinguent pas l’un de l’autre : les méthodes sont les mêmes (action directe, fédéralisme, rapport non dirigiste et non-bureaucratique aux travailleurs, etc…) ; les buts sont aussi identiques.

 

-Au niveau doctrinal, l’anarcho-syndicalisme est une forme de syndicalisme révolutionnaire qui tient sa doctrine de l’anarchisme mais respecte et promeut l’autonomie syndicale (3). Tout au contraire, le « syndicalisme révolutionnaire » ne sort pas du cerveau d’un théoricien. C’est une pratique qui cherche une doctrine pour se propager et se multiplier (4). Et cette doctrine nouvelle, qui s’est forgée des apports de tous, et dans laquelle tous se reconnaissent, se résume à l’énoncé de ces deux formules célèbres : « le syndicalisme se suffit à lui-même » et « rien n’est étranger au syndicalisme » . La première clarifie les rapports avec les partis et condamne la collaboration avec l’état, la seconde implique un syndicalisme globalisant les problèmes, donc idéologique (5). F.B. (NB)

  1. cf. Jacques Julliard,“Fernand Pelloutier et les origines du syndicalisme d’action directe », édition du Seuil, pour ce qui concerne cette époque.

  2. Victor Griffuelhes, secrétaire général de la CGT, de formation blanquiste, parlait en ces termes : « L’Etat est un facteur d’oppression », « il y a d’un côté ceux qui regardent vers le pouvoir, et de l’autre côté ceux qui veulent l’autonomie complète, contre le patronat et contre le pouvoir ». De même, Jacques Rennes (marxisant) : « C’est à la fois contre l’état et contre le patronat que le syndicalisme révolutionnaire doit mener une action directe et incessante. » (Syndicalisme français, librairie M Rivière et Cie, 1948).

  3. Article « Anarcho-syndicalisme, L’Encyclopédie Anarchiste, éd. Espagnole : « L’anarcho-syndicalisme n’est ni un instrument ni un appendice de l’anarchisme. Il ne se place pas sous sa dépendance. Il a d’indéniables et d’indestructibles racines anarchistes qui constituent une de ses plus essentielles raison d’être et qui, précisément, sont la meilleure garantie de sa propre indépendance. »

« L’anarcho-syndicalisme est un mouvement organique et organisé. Il tient sa doctrine de l’anarchisme et sa forme d’organisation du syndicalisme révolutionnaire. » L’anarchosyndicalisme et l’anarchisme, rapport de Pierre Besnard, secrétaire de l’AIT Association Internationale des Travailleurs, au congrès anarchiste international de 1937.

 

  1. Louis Mercier-Vega, Anarchosyndicalisme et syndicalisme révolutionnaire, éditions Spartacus, 1978 (8,impasse Crozatier, 75012 Paris).

  2. Ces formules donnent d’ailleurs lieu à deux interprétations : l’une, reconnaissant le rôle spécifique des partis et sectes tout en les excluant du domaine syndical et se posant comme force de réorganisation sociale – l’autre, appelée aussi syndicaliste pure, niant le rôle de ces partis et sectes et s’affirmant comme base de la réorganisation sociale. Mais ce ne sont que des degrés de la même pensée.

 

(PS) Le syndicalisme d’ACTION DIRECTE n’a rien à voir avec ce terme affecté naguère à des actions violentes. Il s’agit simplement d’affirmer que ce sont les travailleuses et travailleurs qui décident (Assemblées Générales, déléguéEs révocables, …) des actions à engager, poursuivre, des revendications, … Ce qui signifie que les appareils syndicaux ne décident pas à la place des travailleuses et travailleurs. Ces fonctionnements en AG décisionnelles existent toujours (AG en centres de tri, dans les dépôts SNCF, …). Mais les appareils syndicaux, pour la plupart, y sont défavorables, préférant décider des appels à grèves, …etc… car se jugeant plus compétents (permanents …).

 

(PS2) L’AIT, Association Internationale des Travailleurs, est née en 1864 à Londres, et fut officialisée en 1866. L’AIT est la 1ère internationale, existe toujours. Mais d’autres internationales syndicales existent, la FSM Fédération Syndicale Mondiale et la CSI Confédération Syndicale Internationale fusion récente des internationales social-démocrate et du syndicalisme chrétien (dont la CES Confédération Européenne des Syndicats, proche de l’Union Européenne, qui la finance à près de 75%, co-rédactrice du TCE Traité Constitutionnel Européen ).

(NB) Source = la revue « ALTERNATIVE Syndicaliste », revue syndicaliste révolutionnaire, mai 1992 , éditée par le Cercle de Réflexions et d’Actions Syndicalistes.

 

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Texte mis en ligne par wolfgang

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