Anarchistes au Moyen-Orient
On pourrait penser que l’anarchisme est une exclusivité européenne, puisque ses fondateurs, modernes en tout cas, étaient des européens. Il n’en est rien : on trouve des anarchistes partout, et entre autres au Moyen-Orient. Des événements récents nous ont révélé l’existence des " anarchistes contre le mur ", en Israël, qui se sont fait connaître pour leurs actions de solidarité avec la population palestinienne. Mais il existe aussi des groupes en Jordanie et au Liban.
Leur point commun le plus évident est la jeunesse des militants. En Israël, le mouvement dit " contre le mur " est clairement d’origine étudiante. Quant à la structure, les Israéliens et les Libanais sont indépendants. Les Jordaniens, eux, s’inscrivent dans un mouvement plus large, dit de gauche sociale, où ils parviennent à exercer une certaine influence.
On découvre avec le plus grand intérêt le travail théorique qui a été fait par ces groupes, d’abord pour connaître les penseurs de l’anarchisme européen, ensuite pour chercher dans leur propre culture des références de base pour un anarchisme à l’orientale. Les plus proches de nous sont les communistes libertaires du Liban. Leur présentation, d’une clarté remarquable, rassemble toutes les notions qui nous sont chères : remise en cause de l’Etat, démocratie directe, égalité économique et politique, et même la laïcité, ce qui est méritoire ! En revanche, parmi les Jordaniens, certains prennent une position qui peut nous surprendre : ils se réfèrent au soufisme, qui est un courant mystique de l’Islam remontant au haut Moyen-Age, et se définissent comme soufi-anarchistes.
ON le devine, le mode d’action de ces groupes est intimement lié à la situation politique de leur pays. Pour les Israéliens, le point de départ de leur mouvement, sous sa forme actuelle, a été la construction du fameux mur de séparation. Ils ont pour objectif de venir en aide à la population palestinienne, mais aussi de provoquer une prise de conscience dans la population israélienne. Ils ont beaucoup de problèmes avec l’armée et avec la justice. Les groupes anarchistes et libertaires du Liban se donnent pour tâche de venir en aide à leurs concitoyens durement éprouvés par la dernière guerre, et s’investissent fortement dans le domaine social et éducatif. Mais d’autres ont un mode d’action plus offensif, agissant par la provocation, y compris vestimentaire : leur terrain d’élection est la lutte contre le " confessionnalisme ". On les qualifie de skin-heads, ce qui peut nous étonner. En Jordanie, les anarchistes semblent avoir encore du mal à s’organiser, d’abord parce que le mouvement est récent, ensuite parce qu’il subit une pression policière importante. Les militants ou simples sympathisants étudiants risquent l’exclusion de l’université. Une simple tentative de former un groupe peut mener son auteur en prison pour des années.
On reste admiratif devant le courage de nos camarades moyen-orientaux et la richesse de leur recherche et de leur engagement. On regrette seulement qu’ils soient à peu près impossibles à joindre. Il semble d’ailleurs qu’ils aient aussi du mal à se joindre entre eux, alors que d’autres groupes existent, par exemple au Maroc et en Egypte. Essayons encore !
Olympe