Visite du Liban
Ce dimanche 30 août, une réunion s’est tenue à Cannes autour d’un camarade libanais, Georges, avec qui nous entretenons une correspondance suivie. Malheureusement,
il nous manquait quelques militants, qui n’étaient pas encore rentrés de vacances, mais qui se sont excusés.
D’après ce qu’il nous raconte, Georges a découvert l’anarchisme à Paris, où il arrive dans les années 80. Il découvre Radio-Libertaire et les livres de
Daniel Guérin. Il sera le traducteur du petit livre L’Anarchisme, premier ouvrage sur l’anarchie publié dans le monde arabe. Il nous fait rire en nous
expliquant qu’il a dû inventer un nouveau mot spécifique pour désigner l’anarchie comme doctrine politique, car le seul mot existant signifiait, comme
chez nous d’ailleurs, désordre. Du reste, Georges se définit plutôt comme communiste libertaire.
Il revient sur quelques faits principaux de l’histoire récente du Liban, en commençant par la guerre de 1975, qu’il analyse comme la conséquence de plusieurs
raisons : problème de la présence des palestiniens armés avec la complicité des pays arabes, une certaine inégalité entre chrétiens et musulmans dans
l’exercice du pouvoir, contexte international, rùole d’Israél... Parlant de la situation actuelle, il souligne le déclin considérable du parti communiste.
Au propos d’un camarade qui évoque la réputation du Liban comme pays riche et Suisse de l’Orient, Georges répond qu’en effet le Liban présente certaines
similitudes avec la Suisse, telles que le secret bancaire et une fiscalité avantageuse, qu’on y trouve en effet une élite fortunée, mais qu’en revanche
70% de la population vit plus ou moins au-dessous du seuil de pauvreté. Il précise qu’il n’existe pas de couverture maladie puisque tout simplement les
patrons n’enregistrent pas leurs salariés à la sécurité sociale.
Olympe pose une question sur la laïcité. Georges a mentionné l’aspect confessionnel incontournable de la vie politique au Liban, et elle lui demande s’il
existe un mouvement laïc structuré. Non ; et pas d’associations de libres penseurs non plus. Lui-même, à titre personnel, est membre de l’Union Mondiale
des Libres Penseurs. Ce qui existe, c’est le Mouvement de la Citoyenneté Libanaise, et autres associations multiples qui militent principalement pour
l’institution du mariage civil optionnel. Actuellement, seul existe le mariage religieux et le divorce est très difficile, ce qui crée des situations inextricables,
comme autrefois dans nos pays latins. En revanche, on assiste à un détournement de la loi par les religieux (qui paie des sous peut divorcer).
Curieusement, cette situation de monopole des religions sur l’espace public ne correspond pas à une adhésion des individus, car il y a beaucoup d’athées,
en raison du haut degré d’instruction et de culture. Un autre facteur s’oppose au progrès du discours laïc : c’est qu’il est encore très difficile d’aborder
le sujet publiquement, par exemple dans la presse. Dangereux, par exemple, de parler du livre sorti récemment Dieu n’est pas grand. Georges estime que
la liberté d’expression, toute relative, reste cependant l’une des meilleures du monde arabe. Le fondamentalisme islamique joue un rôle très négatif à
cet égard. Le christianisme au Liban est plus ouvert aux critiques.
Nous demandons à Georges des nouvelles du groupe Alternative communiste libanaise : une vingtaine de membres, beaucoup d’intellectuels. Pour le moment,
leur grande affaire reste la rédaction de leur deuxième livre sur l’anarchisme, ouvrage en deux parties, la première historique, la deuxième théorique.
Une grande partie de leur travail consiste à rechercher des sources à la pensée anarchiste dans leur propre culture,arabo-islamique, ne serait-ce que pour
éviter le reproche simpliste d’importer une idéologie occidentale. En temps voulu, ils lanceront une souscription, par le biais d’organisations avec lesquelles
ils sont en contact,en particulier Alternative Libertaire France, les trois C.N.T. l’OSL suisse, la CNT espagnole. On peut également leur envoyer des
articles : ils sont preneurs.
Plus tard, la réunion s’est poursuivie et achevée dans une franche atmosphère de convivialité et sur fond de musique orientale.
Au nom de mes camarades, je remercie Georges de s’être déplacé jusqu’à nous, à Cannes, et d’avoir pris une journée de son court séjour en France pour venir discuter avec nous. Je le
charge de bien des amitiés pour nos camarades libanais.
Olympe